La culture sur buttes, petit rappel…

De quoi s’agit-il ?

Les buttes sont des planches de culture surélevées, d’1m20 de large environ, sur lesquelles le jardinier ne marchera jamais, séparées par des allées sur lesquelles il ne cultivera pas. Cela lui permet de diminuer considérablement les besoins de travailler le sol, voire de réduire ce travail à zéro. En revanche, il laisse travailler les êtres vivants du sol et favorise leur multiplication. C’est eux qui feront le travail à sa place. Il prend soin de toujours laisser sur le sol une couverture, de paille, de compost ou de plantes bien vivantes. Ainsi le sol retient bien l’eau, tout en étant drainé par les galeries de ses habitants. Cette couverture, en se décomposant, enrichit perpétuellement le sol. Il associe les espèces de plantes et d’animaux, sauvages ou domestiques. Il favorise les bonnes « mauvaises » herbes, et leur laisse une place.

Quels sont les avantages ?

  1. Tout d’abord, elle évite de trop se baisser…
  2. Le paillage systématique (mulch), fondamental, permet de :  limiter l’enherbement, limiter l’évaporation de l’eau et donc de presque supprimer l’arrosage (hors plantation bien sûr), fournir régulièrement tout au long de l’année la fertilité à la butte par humification (décomposition par la faune du sol) de la couche de mulch, protéger cette fameuse microfaune et son cortège de bactéries, champignons et autres arthropodes du gel, du soleil, du dessèchement et de l’érosion. La terre reste humide et meuble.
  3. Le non travail du sol. Cette capacité alléchante est permise justement par le paillage et la présence forte de la multitude silencieuse, ces jardiniers de l’ombre qui humifient (humidifient aussi d’ailleurs), brassent, mélangent, complexifient et transforment les différents horizons du sol. Ces derniers ne sont jamais dérangés par un quelconque bêchage, même superficiel, et le processus complexe et vital d’aggradation (le contraire de dégradation : accumulation de nutriments et d’éléments) peut se dérouler jusqu’au bout.
  4. La multiplication de microclimats. Suivant l’orientation de la butte (N/S, E/O) on aura des versants plus secs, humides, ombragés, ensoleillés, exposés aux vents dominants, chauds, froids, ce qui permettra d’ajuster au mieux les plantes suivants leurs exigences. De plus le microclimat en sommet et bas de la butte ne sera pas le même. On privilégiera par exemple des plantes grandes et exigeantes en sommet (maïs, courgettes) ou plutôt des plantes frugales en milieu et bas de pentes (oignons, fraises).
  5. L’augmentation de la surface de culture. On passe du 2D à la 3D : la surélévation de notre surface de culture multiplie la surface de plantation. On peut se permettre une grande diversité de végétaux par m² et donc multiplier par là même les associations, rotations, engrais-verts, … et les rendements.

Forme d’une butte

Il est inutile de chercher à obtenir une butte trop haute. Si la pente devient trop forte, on aura des problèmes d’érosion. 50cm de hauteur entre le fond des allées et le haut de la butte sont un maximum.

La largeur idéale d’une butte est d’environ 1,20m. Au-delà d’1m40, il peut devenir difficile de travailler. A moins d’1m, la butte n’est plus assez large pour créer un écosystème. 1m20 permet de travailler sans marcher sur les buttes, sans fatigue. Les buttes sont espacées par des allées de 30 à 50cm de large.

Les buttes vont s’affaisser au fil du temps. C’est normal : la terre retrouve peu à peu sa densité optimale, qui est supérieure à celle d’une terre nouvellement bêchée. Elle n’en sera pas moins fertile, et plus aérée qu’une terre labourée : sa structure sera beaucoup plus élaborée. Etant donné qu’elles seront alimentées régulièrement par de la matière organique en surface, et qu’elles ne seront jamais totalement tassées, elles ne disparaîtront pas complètement, si on a pris soin de bien les protéger contre l’érosion.

Les bords de la butte doivent être soignés. Comme ils sont en pente assez forte, le risque est d’y avoir de l’érosion et du lessivage d’éléments minéraux. On peut les maintenir avec des planches. Une autre solution est d’y laisser pousser un tapis d’herbes spontanées qui retiendront la terre. On n’arrachera jamais ces herbes. On se contentera de les couper quand elles deviennent trop envahissantes. Elles serviront de fertilisant, soit par passage dans le compost, soit par utilisation direct en paillage.

Associations de cultures

Il est important de veiller aux bonnes associations de plantes, et à avoir une densité optimale de végétation.

La forme convexe, arrondie de la butte permet d’augmenter la surface de feuilles des plantes cultivées, et donc la photosynthèse. Inversement, la plus grande profondeur de terre arable permet aux racines de se développer verticalement, et donc de planter un peu plus serré qu’en potager traditionnel. De plus, il est possible de planter en quinconce, ce qui permet de densifier encore la plantation.

Gestion de l’eau

La butte étant située en hauteur, les éventuelles inondations ne concerneront que les allées, et la terre des buttes sera particulièrement bien drainée.
En revanche, en période de sécheresse, l’infiltration des précipitations se fait au niveau des allées, ce qui permet à la butte d’être mieux irriguée en profondeur. Ceci permet aux racines des plantes de se développer autant que possible.

 Amélioration du sol

Il faut plusieurs années pour qu’une planche de culture atteigne son potentiel optimal. Il faut le temps que la structure du sol se rétablisse, que le taux de minéraux et oligo-éléments remonte, que l’humus se réaccumule, et aussi que le jardinier acquière les connaissances et automatismes nécessaires. A ce moment-là, le sol sera parfaitement structuré, avec un taux optimal de matière organique, un réseau de canaux laissé par les racines et la faune du sol permettant une bonne gestion de l’eau (notamment la remontée d’eau par capillarité en période de sécheresse).

Conclusion

La vie du sol dans toute sa diversité et sa complexité doit être préservées. Les champignons, les vers de terre et les micro organismes se positionnent en surface ou à des profondeurs bien précises aussi il est indispensable d’utiliser la terre sans la retourner.

En réalisant une butte, nous favorisons la reconstitution d’humus en utilisant des matériaux naturels. Cela contribue à restaurer et maintenir la fertilité des sols. Dans un souci d’autonomie et d’économie, les matériaux utilisés sont issus de ressources locales disponibles sur place.

Les points importants à retenir:

  • Eviter autant que possible de laisser la terre à nu.
  • Bien consolider les pentes par une végétation permanente.
  • Travailler à améliorer le taux d’humus et de minéraux.
  • Faire pour cela pousser autant de volume que possible.
  • Travailler sur les associations de plantes, les rotations de cultures.
  • Ne pas s’inquiéter du tassement naturel du sol.

 

Sources :

http://incroyablescomestiblescastres.blogspot.ch

https://senshumus.wordpress.com/2006/10/13/la-culture-sur-buttes-fiche-technique/

Jean-Marie Lespinasse, Le jardin naturel, Editions du Chêne.

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